Soutenue par l’immobilier résidentiel et les projets publics de génie civil, la demande locale en ciment a connu ces dernières années une croissance notable, au point que l’augmentation de 10% de la production sur l’année 2006 et l’autorisation exceptionnelle d’importer du vrac accordée par le Ministère du Commerce à Cimencam se sont avérées insuffisantes pour faire face à la demande.Cimencam (55% Lafarge, 43% Etat camerounais) est l’unique fabricant de ciment au Cameroun avec une production de l’ordre de 1,13 millions de tonnes en 2006 dont 10% exportées dans la sous-région. Installée au Cameroun depuis 1965, la société emploie un peu plus de 500 personnes, et fabrique dans ses deux usines de Douala-Bonabéri et Figuil (nord du pays) quatre types de ciment Portland (CPJ 35/45 et CPA 45/55), distribués localement à travers un réseau d’une vingtaine de dépôts et de plus de 200 grossistes/détaillants.Le marché a réagi par des pénuries à répétition, souvent alimentées par des manoeuvres spéculatives des distributeurs en guise de moyen de pression, les prix étant homologués, et les importations soumises à une aventureuse procédure d’obtention d’autorisations préalables auprès du Ministère du Commerce. Il apparaît en effet que la norme nationale sur le ciment, en vigueur depuis 2000, et la procédure d’autorisation rendent moins compétitif le produit importé. En témoigne le peu d’engouement manifesté par les opérateurs locaux, qui ont importé moins de 100 000 tonnes de ciment Portland en 2006.Au cours de l’année 2007, malgré une augmentation de la production de 6,2% sur le premier semestre, et alors que Cimencam améliorait ses capacités d’importation de vrac et d’ensachage en attendant le doublement programmé à court terme de ses capacités de production, les tensions sur le marché se sont exacerbées, obligeant le Gouvernement dans un premier temps à alléger les formalités d’autorisation d’importation, puis, le 22 novembre, à libéraliser les prix et les activités d’importation du ciment.Avant cette décision, Cimencam avait déjà procédé à une augmentation des prix de l’ordre de 7%, surprenant apparemment le Gouvernement-actionnaire qui, dans un climat relativement tendu, incite désormais de son côté les distributeurs à s’investir dans des opérations d’importation afin de faire jouer la concurrence en faveur des consommateurs déjà aux abois.Aujourd’hui, la structure des coûts du producteur local intéresse le Gouvernement qui s’interrogerait de plus en plus sur la pertinence du maintien de sa participation au capital de la société. Cimencam semble pourtant n’avoir pas encore répercuté sur les prix l’ensemble des effets de la flambée des coûts des facteurs de production. On n’est donc pas au bout de ce feuilleton qui promet de nouveaux rebondissements en ce début d’année.