« L'ennemi n'est pas loin de nous. L'ennemi peut se manifester en notre sein ». Ainsi s'exprima René Emmanuel Sadi, secrétaire général du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), lors du la réunion de lancement des commémorations du 27ème anniversaire de l'accession au pouvoir du président Paul Biya. Et d’indiquer qu’il faut mettre fin à toute velléité de candidature autre que celle du chef de l'Etat camerounais.
Mais qui est donc cet ennemi de l’intérieur que redoute tant le secrétaire général ?
Quelque esprit malveillant à l'intérieur même des instances du parti aurait-il donc l'ambition de briguer le fauteuil présidentiel en lieu et place de son président national Paul Biya ? A entendre son secrétaire général, l'ambiance au sein du Rdpc semble être à la méfiance : « Il y a un besoin de clarification dans nos rangs, pour qu'aucune équivoque ne soit développée ».
René Emmanuel Sadi croit avoir décelé dans ses rangs « des prétentions » sonneraient comme une fausse note au milieu de « la mobilisation observée au sein des militants du Rdpc, face à toutes les attaques que nous avons pu vivre contre notre pays ».
Le Rdpc s'est mobilisé. La base du Rdpc s'est manifestée. Une mobilisation qui s'est faite par des motions de soutien, des appels à la candidature du président national. Une mobilisation qui n'aurait donc pas laissé indifférente la hiérarchie du parti au pouvoir. « Nous avons pensé qu'il fallait tirer parti de tout ce soutien. Nous avons aussi pensé qu'il fallait anticiper sur les événements qui viennent » a ensuite martelé le secrétaire général du Comité central du Rdpc, comme pour indiquer clairement à ceux qui semblaient encore en douter, que la question du choix du candidat du Rdpc pour la prochaine élection présidentielle ne se pose pas, ni l’anticipation de la présidentielle.
Boucs émissaires
En toile de fond, les nombreuses « affaires » qui ont touché de près le président de la République et président national du Rdpc au cours des derniers mois. Des affaires qui ont d'ailleurs été fortement relayées par des médias d'ici et d'ailleurs. Il s'agit simplement pour René Sadi d' « opérations méthodiques et planifiées de désinformation (qui) tentent par tous les moyens, y compris les plus ignobles, de déprécier les réalisations enregistrées au cours des 27 dernières années. » Et d'appeler à la « vigilance face à la recrudescence des campagnes de désinformation qui vont certainement s'accentuer au fur et à mesure que l'on approche de l'échéance ».
Face à la déliquescence de l’opposition, qui peut donc être cet ennemi de l’intérieur tant redouté ? Ce n’est plus Titus Edzoa, qui avait osé de l’intérieur manifester des velléités présidentielles vite étouffées par une incarcération et des condamnations. Aujourd’hui emmuré vivant dans une geôle de la République, il fait des manœuvres d’approche pour se faire pardonner par son ami de 30 ans.
Ambition présidentielle
Ce n’est non plus Milla Assouté, qui pour sa survie, a dû se mettre à bonne distance du prince, loin dans la froide Europe, pour éviter d’être « puni » pour crime de lèse-majesté. Le groupe des modernistes dont il était leader est rentré dans les rangs, du moins en apparence. Quant au G11, il a été purement et simplement décapité et démembré, ainsi que l’on dépèce un gibier. D’autres sont en prison, d’autres en exil.
Qui donc peut prétendre, à l’intérieur du RDPC, au gouvernement ou dans quelque institution de la république, se désolidariser publiquement de la camorra pour jouer sa carte ? Cavaye Yeguié Djibril ? Même ses enfants ne voteraient pas pour lui. Et puis il traine suffisamment de casseroles pour être tenu en laisse par le pouvoir. Akame Mfoumou ? On a une petite idée de ce que cache son silence. Mais à la moindre velléité d’ambition présidentielle, il se retrouverait derrière les barreaux vite fait bien fait. Marafa Hamidou Yaya ? L’homme est lisse comme une bouteille. Mais comme une bouteille, il peut se casser au contact d’autres objets contondants. Iya Mohamed ? Grégoire Owona ? Ce dernier est aussi rusé qu’une armée de sioux tapis en embuscade dans la Sierra Nevada. Il est de toutes les sauces : rédynamisateurs, modernistes etc., mais a toujours su apparaître comme le fidèle du président. Ayang Luc ? Président du Conseil économique et social et troisième personnalité la plus importante de la République, vit-il encore ? Peut-on se méfier de ce chat qui dort ? Qui alors ? Mbarga Mboa ? Ze Meka ? Difficile de trouver preneur.