Le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (MEND), principal mouvement séparatiste du sud pétrolier du Nigeria, a annoncé mercredi la fin de la trêve unilatérale qu'il avait décrétée le 3 juin.
"Nous avons décidé de mettre fin à cette trêve. Après la libération d'Asari Dokubo (un dirigeant séparatiste) rien ne s'est passé", indique le MEND dans un courriel adressé à l'AFP.
Le 14 juin, la Haute cour fédérale nigériane avait décidé la libération provisoire "pour raisons de santé" de Mujahid Asari Dokubo. Emprisonné depuis la fin 2005, ce dernier, chef de la Force des volontaires du peuple du delta du Niger (NDPVF, milice séparatiste ijaw interdite), est accusé de corruption et de haute trahison.
"Il y a des choses plus sérieuses (que cette libération) notamment le vol de nos ressources et l'esclavage de la population du delta", a poursuivi le porte-parole du MEND, Jomo Ngomo.
"Les militaires ont continué d'assassiner des citoyens désarmés en toute impunité, et on ne compte pas les indigènes emprisonnés sans procès. Nous ne pouvons rester silencieux face à cela", poursuit le mouvement.
En lançant sa trêve, quelques jours après la prise de fonction du nouveau président Umaru Yar'adua le 29 mai, le MEND, avait expliqué qu'il entendait ainsi donner une chance au nouveau pouvoir de "réfléchir à des mesures positives et réalistes pour une paix juste dans le Delta".
Le porte-parole du groupe avait toutefois lancé un avertissement: le fond du problème - le partage des ressources pétrolières - reste à négocier, "et si nous ne sommes pas satisfaits nous reprendrons nos attaques".
"Pour l'instant il y a peu de choses qui nous amènent à penser que (le président) Yar'adua sera totalement différent de la précédente administration, et c'est trop tôt pour lui faire confiance," avait indiqué Jomo Ngomo dans un entretien publié mardi par le quotidien nigérian The Guardian.
Depuis le début 2006, date à laquelle les vagues d'enlèvements se sont intensifiées dans la région, quelque 200 étrangers - employés dans l'industrie pétrolière pour la plupart - ont été capturés par des groupes de combattants réclamant notamment une meilleure répartition des revenus pétroliers ou bien par des bandes criminelles.
La plupart ont été libérés quelques jours ou quelques semaines après leur enlèvement, souvent contre rançon.
Ces troubles et sabotages ont fait perdre en 2006 au Nigeria, sixième exportateur mondial de pétrole, un quart de sa production quotidienne de 2,6 millions de barils, soit une perte totale d'environ 4,4 milliards de dollars.