Pour sa première visite au Soudan depuis 2004, le président tchadien Idriss Deby Itno est à Khartoum où il a été accueilli par son homologue soudanais Omar el-Béchir. Il s’agit d’une étape sérieuse dans la normalisation des relations entre ces pays, qui depuis 2006 entretiennent des rapports très tendus.
Une occasion pour ces chefs d’Etats de renouer leurs liens qui se sont dégradés depuis près de cinq ans et surtout de créer une force mixte. Car le 15 janvier dernier un "accord de normalisation" assorti d'un "protocole de sécurisation des frontières" a été signé par ces deux pays à N’Djamena. Dans ces accords, les deux pays se sont engagés à cesser tout soutien à leurs mouvements rebelles respectifs et ont également établi un calendrier en vue de la création d'une force mixte. Le Tchad et le Soudan "se sont donnés un délai de deux mois pour prendre chacun les mesures qu'il faut pour mettre un terme à toute présence, tout soutien et toute action des groupes armés (hostiles) à l'un ou l'autre pays", selon le texte de l'accord.
On rappelle que la dernière visite d’Idriss Deby Itno au Soudan date de 2004, les deux présidents étaient encore alliés. Le chef de l’Etat tchadien était médiateur dans la toute jeune crise du Darfour même s’il avait, à plusieurs reprises, pris le parti de son homologue soudanais contre les rebelles darfouris. Et pour cause, c’est avec l’aide du Soudan que le général Idriss Deby avait pris le pouvoir en 1990 et ce dernier ne souhaitait pas irriter son puissant voisin de l’Est.
Mais rapidement, leurs relations se sont dégradées, l’entourage d’Omar el-Béchir accusait le président tchadien de soutenir les rebelles soudanais du MJE (le Mouvement pour la Justice et l’Egalité), composé en grande majorité de combattants zagawas et dirigé par Khalil Ibrahim, un parent d’Idriss Deby.
Méfiance grandissante également du côté de Ndjamena qui reprochait à Khartoum d’accueillir sur son sol des groupes rebelles tchadiens. En 2006, le divorce est pleinement consommé, les rebelles tchadiens lancent une attaque avortée contre Ndjamena avec l’appui de Khartoum alors que les deux pays viennent à peine de signer leur premier accord de paix à Tripoli. Ensuite, les deux capitales s’accuseront mutuellement de soutenir leur rébellion respective.
En 2008, les rebelles tchadiens arrivent une nouvelle fois à Ndjamena, mais les représailles ne tardent pas puisque la même année, le MJE se lance à l’assaut de Khartoum. Des relations très tendues qui se sont apaisées ces dernières semaines à la faveur d’un énième accord de réconciliation alors que les deux présidents font face ces prochains mois à d’importants enjeux électoraux.