Des familles camerounaises de victimes de l'accident d'un avion de Kenya Airways qui s'est écrasé en mai à Douala, capitale économique du Cameroun, attendent toujours les corps de leurs proches et dénoncent la gestion de ce dossier par les autorités de Yaoundé. Celles-ci tardent à publier les résultats de l'opération d'identification des 114 victimes, effectuée par un laboratoire bosniaque à partir de prélèvements d'ADN. Une publication indispensable à la délivrance des certificats de décès des victimes et à la restitution de leur corps aux familles.
"Kenya Airways nous a fait savoir que le résultat des analyses ADN avait été transmis le 20 août au gouvernement camerounais. Celui-ci devait ensuite les rendre publics, mais nous n'avons toujours aucune nouvelle, alors qu'il annonce depuis cinq semaines un communiqué +imminent+", explique à l'AFP Anne-Aurélie Kuate, dont la mère (bien: mère) a péri dans l'accident.
"Pourquoi nous fait-on attendre si longtemps ? On nous traite comme des chiens", ajoute-t-elle. "On nous a dit que la phase d'identification était terminée, mais on ne sait rien de plus depuis", témoigne Me Ekandje Njanga Eithel, un avocat camerounais qui a perdu son frère dans la catastrophe.
"Nous ne pouvons pas commencer à prendre des dispositions pour, par exemple, organiser les obsèques Nous ne savons pas en effet ce que l'Etat compte faire des restes des corps de nos proches. Va-t-il nous les rendre ? Peut-être veut-il organiser des obsèques collectives ? La situation que nous vivons est très difficile", poursuit-il.
Pour un autre avocat, chargé des intérêts de certaines victimes, "les familles sont toutes dans le même état d'esprit: elles sont désespérées". "Elles ne peuvent toujours pas entamer le deuil de leurs proches", témoigne-t-il sous le couvert de l'anonymat.
L'absence d'interlocuteur du côté des autorités camerounaises, déjà sévèrement critiquées pour le temps mis à localiser l'épave et pour leur mutisme, déjà, après l'accident, n'arrange rien. Aucune cellule n'a été mise en place pour communiquer avec les familles. Celles-ci n'obtiennent d'informations que de la part de Blake Emergency, une entreprise privée britannique spécialiste en gestion de crise engagée par Kenya Airways.
Dans un communiqué de presse publié fin août et disponible sur son site internet, la compagnie kényane renvoie sur le gouvernement camerounais, affirmant qu'il lui a demandé de ne pas prendre contact avec les victimes avant la publication officielle à Yaoundé des résultats du processus d'identification. Une publication que Kenya Airways - dont aucun représentant au Cameroun ou à Nairobi n'était disponible jeudi pour répondre aux questions de l'AFP - croyait déjà savoir alors "imminente".
Aucun responsable n'était joignable non plus au ministère des Transports camerounais. "Un communiqué, qui sera émis par le ministre des Transports, sur cette question (de l'identification) ainsi que sur les causes du crash, est imminent", s'est contenté de répéter à l'AFP Félix Nguélé-Nguélé, le secrétaire général de la province du Littoral, où a eu lieu l'accident dont les causes restent inconnues.
Les jours qui passent nourrissent l'inquiétude des familles. Anne-Aurélie Kuate craint que les autorités ne rende pas les corps ou rende aux familles des cercueils définitivement scellés. Elle redoute aussi d'entendre: "On n'a rien retrouvé du corps de votre mère". "Dans ce cas, à quoi ça aura servi de nous avoir fait attendre comme ça depuis le 20 août ?", interroge-t-elle.