En marge de la présentation du budget et de la Mauritius for Africa Fair qui se tiendra à la fin du mois, il est pertinent d'interroger l'ambition de Maurice de devenir un relais entre des pays comme l'Inde et des pays d'Afrique.
La SME and Technology Fair 2007 s'est tenue du 30 mai au 3 juin au centre Swami Vivekananda à Pailles. Quelque 170 participants ont exposé leurs produits, illustrant à quel point la technologie indienne pouvait aider à améliorer la qualité.
Devenir une passerelle entre l'Asie et l'Afrique. L'ambition est là depuis des années. Mais sa réalisation semble buter sur des conditionnalités qui dépassent notre contrôle ou, comme le font ressortir certains, sur notre capacité à avoir des grandes idées et notre incapacité à assurer le suivi. Serait-ce autant de raisons qui ne permettent pas à Maurice de devenir effectivement ce pont entre l'Afrique et l'Asie ? Pourtant, on ressort les atouts indéfiniment.
Une proximité culturelle autant avec des pays de l'Asie que de l'Afrique. Un certain bilinguisme. Des liens historiques. Des accords commerciaux. Bref, les arguments ne manquent pas. Mais les bonnes idées n'aboutissent pas toujours à des projets efficaces.
"Maurice aurait déjà dû devenir la passerelle de préférence entre l'Asie et l'Afrique, mais nous ne sommes même pas encore un ponceau, et nous risquons d'être que quantité négligeable si nous continuons à ne pas avoir le courage de nos ambitions", affirme d'emblée Amédée Darga, directeur de Stra Consult.
Du côté institutionnel, on fait remarquer que le processus s'inscrit dans le temps et qu'il a fallu suivre différentes étapes avant que ce rôle de passerelle ne devienne une urgence pour Maurice. Il est ainsi un fait que l'île Maurice post-indépendante s'est d'abord reposée sur les accords préférentiels qui la liaient aux ex-puissances coloniales. Cet état des choses ne poussait pas véritablement Maurice à explorer d'autres pistes commerciales même si la volonté de diversification existait.
C'est, dans le même ordre d'idées que des premiers jalons furent posés, notamment avec le rôle joué par le pays au niveau de l'Organisation de l'union africaine. Par la suite, Maurice s'est évertuée à privilégier la piste de la diversification régionale mais il s'est trouvé que, hormis l'île et Madagascar, la masse critique de la région ne représentait pas de manière significative un intérêt économique. Le commerce régional est demeuré, à ce jour, relativement bas.
C'est avec la mise en place du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) et de la Southern African Development Community (SADC) que les choses vont prendre une autre tournure. Dans son dernier bulletin sur le commerce international, le Bureau central des stastistiques fait ressortir que Maurice a exporté des marchandises d'une valeur de Rs 1,2 milliard vers des pays du Comesa. Nos échanges avec cette zone affichent un surplus de Rs 184 millions. Les exportations vers la SADC s'élèvent, elles, à Rs 1,3 milliard et les importations à Rs 2,3 milliards. Alors que les échanges régionaux deviennent une réalité, Maurice passe ainsi à une autre étape en travaillant son image de relais entre les pays de l'Asie et l'Afrique.
Confirmation d'un opérateur indien basé à Maurice. "Grâce à ses accords dans des regroupements régionaux, Maurice est un relais réel pour nous Indiens. Il n'est pas évident pour nous d'aller traiter directement avec des pays comme l'Ouganda ou Madagascar. Par contre, lorsqu'on travaille en collaboration avec Maurice, nous nous sentons rassurés. Lorsque mon partenaire est Mauricien, je me sens plus à même de prospecter le marché africain", souligne, à cet effet, Deepak Yardi, directeur général d'Aadicon Biotechnology Ltd, une société indienne spécialisée dans la biotechnologie agricole.
Surmonter certaines guéguerres stériles
Ce dernier insiste pour que les choses se fassent avec les Mauriciens. Il ajoute également que les entreprises mauriciennes auront intérêt à profiter de la technologie indienne pour parfaire la qualité de leurs produits. "Sans la participation locale, la technologie ne servira à rien si nous voulons nous ouvrir au marché africain", rappelle Deepak Yardi.
Les choses auraient pu aller plus vite. C'est l'avis d'Amédée Darga, qui garde toutefois l'espoir de voir les choses s'accélérer. "Nous avons encore une fenêtre d'opportunité, mais elle est étroite. Ce n'est qu'une question de quelques années. Dans cinq ans, on nous survolera au figuré comme au propre. Le seul vol Beijing-Afrique se pose à Harare depuis déjà trois ans ! Air Mauritius a déjà le droit d'atterrissage pour la Chine, Beijing ou Shanghai. Bientôt les Jeux Olympiques en Chine et en 2010 le Mondial en Afrique du Sud. Si Air Mauritius ne se positionne pas maintenant, c'est South African Airways qui prendra le gâteau."
L'Express (Port Louis)