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Pelerinage: Kribi, la Lobe, l'Atlantique, Eko Roosevelt

PAR Edouard Jean Pierre Kingue on Decembre 15,2009

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Des chutes de rêve, un fleuve riche en poisson côtoyant l'océan Atlantique, au pied du chanteur Eko Roosevelt, chef du village Lobe

 

 

 

 

 

De Kribi au sanctuaire de la Lobe, six kilomètres de caillasse, quatre barrages de : policiers ; gendarmes ; douaniers et la ‘brigade de la prévention routière’ en guest star. Est ce pour défendre les terrains attenants aux chutes de la Lobé, objet d’un projet de protection du site par l’Unesco qui veut en faire un patrimoine mondial de la culture ? Est ce pour protéger Eko Roosevelt, cette icône vivante de la musique et de la tradition africaine ?Qui jamais pourra nous dire pourquoi les hommes en tenue hantent cette piste poussiéreuse, haut lieu touristique baigné par l’océan atlantique, où chaque jour des touristes, des chercheurs et tous ceux qui sont subjugués par cette nature sauvage vont en pèlerinage ? Eko Roosevelt, ethnomusicologue et gardien de ce temple à ciel ouvert n’a jamais trouvé de réponse à la question.N’empêche, cet homme de la mer à la barbe blanche garde un sourire expansif pour recevoir ses dizaines d’amis et d’inconnus dans son îlot de paix et de solitude baigné par les vagues, le soleil et le vent. Il est l’arrière-petit-fils d’un patriarche qui conduisit le peuple Batanga, des bords du Nil à l’embouchure du fleuve Congo, avant de s’installer sur la façade atlantique du Cameroun, aux environs du 10è siècle.Autour des lacs et des fleuves d’Egypte, cette entité a toujours vu le soleil sortant du fleuve pour se coucher dans la forêt. Ayant appris par un chasseur de la communauté que dans un autre monde, loin des terres pharaoniques, il y avait une étendue liquide moins calme que celui de leur environnement originel, où le ciel et le soleil allaient se coucher  dans une eau qui bouge et gronde, les Batanga et leurs différentes composantes claniques se sont mis en marche, emmenant femmes et enfants, pour aller à la découverte de ce qu’ils considéraient comme le bout du monde. Le musicien Eko Roosevelt est le successeur de ce lointain aïeul qui mena l’expédition. Depuis dix ans, il préside aux destinées de la Lobe, un village de six cent âmes qui vit de la pêche et de la petite agriculture. Retiré des trépidations mondaines pour retrouver son cordon ombilical, le chef de la Lobe n’a pourtant pas abandonné sa passion et sa vocation. Pour un concert, pour des cours de musiques ou des conférences sur l’ethnomusicologie, il est toujours parti aux quatre coins du monde, pour revenir sans cesse replonger aux cœurs des divinités marines.Ses trois enfants ont grandi  et sont partis vivre leur légende personnelle. Enraciné dans un domaine d’un hectare de feuillée, d’arbres fruitiers et d’oiseaux marins qui viennent les soirs de pleine lune lui transmettre les messages des muses, le musicien vit désormais seul avec sa femme capverdienne qu’il a rencontrée il y a quarante ans, alors étudiant à Dakar au Sénégal. Ils s’aiment comme au premier jour. Chacun a son domaine de compétence. Dans l’harmonie et le partage des responsabilités, Eko dirige sa chefferie de main de maître, tandis que sa digne épouse gère les meubles et tient le cordon de la bourse. « Il est le chef du village et moi je suis le chef de la maison », dit-elle avec un charmant sourire.Eko lui se tait. « Il ne parle pas beaucoup », reconnaît sa femme qui le taquine en nous servant des œufs au plat et du café noir posés sur la crête des vagues qui viennent lécher nos pieds. Une radio distille de la musique classique. La mer en appui nous offre un concerto pour pèlerinage. Au loin, les torchères d’une plate-forme pétrolière brûlent. Un peu plus en amont, accoté à un terminal, un tanker avale le pétrole que crache le pipeline Tchad-Cameroun. Nous regardons en silence la ligne  de l’horizon où le ciel copule avec la grande bleue. Mais il faut partir. D’autres visiteurs dont un ministre d’Etat gabonais attendent d’être reçu. Certains, impatients, ont déjà plongé dans l’eau. A la Lobe, le pèlerinage est permanent. EDKING 


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