Du fait de la déforestation sauvage, la forêt tropicale, qui au début du siècle couvrait 15% des terres émergées, est aujourd’hui réduite à 5%. C’est le constat déplorable qu’a fait le samedi 15 décembre 2007 au Centre culturel français de Douala, la primatologue et journaliste environnementaliste Emmanuelle Grundmann, lors d’une conférence publique.Persuasive, Emmanuelle Grundmann a tenu en haleine pendant une heure d’exposé, le public du CCF de Douala sur les chiffres catastrophiques de la déforestation de la forêt tropicale et particulièrement celle du bassin du Congo. Elle a affirmé qu’aujourd’hui, tous les moyens sont utilisés pour priver la terre de ses forêts. Que ce soit par la consommation du bois ou de son exploitation dans des constructions gigantesques et égoïstes. Pour elle, la forêt du bassin du Congo se meurt ; seulement 34Þ forêt subsiste dont 8% de forêt originelle. La forêt tropicale qui couvait 15% des surfaces des terres émergées ne subsiste plus qu’à hauteur de 5%. Plus grave, seulement ¼ de la population planétaire consomme les ¾ des produits de cette déforestation. En Europe, la France et Grande Bretagne sont les principaux responsables, a t-elle dit, de cette situation catastrophique. S’agissant de France, ce pays, a dû utiliser plus de 600 arbres d’origine illégale, provenant de la forêt Libérienne, pour construire sa grande bibliothèque. De nombreuses entreprises françaises exploitant le bois dans le Bassin du Congo, ne sont pas toujours dans le respect de la réglementation en vigueur. La corruption ambiante aidant, ces entreprises se livrent à une exploitation abusive des espèces protégées comme le Sapeli et le Moabi. Dans les administrations françaises, a-t-elle dit, les marchés publics se fournissent en bois tropicaux. La SNCF pour la construction de ses gares, et fabrication des traverses de ses rails recourt à l’Iroko et l’Azobé qui sont des essences de plus en plus menacées de disparition. Citant les résultats d’une enquête de wwf, il y a deux ans, Emmanuel Grundmann a rappelé que 39% d’importation de bois tropical en France étaient d’origine illégale. En Chine, comme en Grande Bretagne et Aux Etats-Unis, la croissance économique suscite des coupes intempestives des bois pour l’alimentation des usines de pâtes à papier dont s’approvisionnent les industries de suremballage des produits de consommation. Pour ce qui est de la Chine en particulier, la procédure de déforestation est plus vicieuse. Mme Grundmann a affirmé que ce pays négocie la construction des infrastructures immobilières, comme l’aéroport et le palais présidentiel du Gabon, contre des concessions forestières à durée illégale. Elle a reconnu que la déforestation va sans doute aller en s’empirant. De 2000 à 2005, sept millions d’hectares de la forêt tropicale ont été détruites. Selon Emmanuelle Grundmann, ce chiffre va augmenter dans les années à venir à cause de la médiocrité de la gestion forestière actuelle. En effet, elle a précisé que 16% de dix millions d’hectares de la forêt Camerounaise sont à moins d’un kilomètre des routes forestières (routes de débardage) et que 60% de ces dix millions se trouvaient à moins de 10 kilomètres des routes forestières. Ce qui démontre que d’ici là, compte tenu de la facilité d’accès qu’offrent ces routes, et de l’importance de la ressource forestière dans l’économie du Cameroun, ces dix millions hectares de forêts intactes, seront facilement déforestés. Plus encore, dans un ton alarmant, elle a ajouté que le bassin du Congo subissait lui aussi les affres de la reconversion des forêts en terres agricoles, et qu’aujourd’hui, en dehors de la consommation traditionnelle du bois de chauffage, l’on assiste à la mise sur pied dans ses forêts, de très vastes exploitations de monocultures, à l’instar du palmier à huile, l’hévéa, la banane. Une activité qui, si rien n’est fait, va sonner le glas de la forêt du bassin du Congo.