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Répression politique et assistance judiciaire
Apr 23,2008 00:00
by
edking
Va-t-on réviser le procès des personnes condamnées après les émeutes de la faim ? Qui dira jamais le bilan des cinq jours de braises qui ont secoué le Cameroun fin février 2008 ? La grève des transporteurs publics, doublée des manifestations contre la vie chère a selon le Ministère de l’Administration Territoriale fait 40 morts. 700 personnes ont été condamnées lors des procès pour des peines allant de 6 mois à 10 ans de prison. C’est la face cachée de l’iceberg. Les organisations des droits de l’homme sont d’un avis différent. Ainsi, elles font état d’une centaine de morts et de disparus et de plus de 1500 personnes arrêtées qui n’ont pas bénéficié d’assistance judiciaire.Dans la deuxième phase du programme d'amélioration des conditions des détenus (Pacdet II), l'Ordre des avocats du Cameroun entend à travers le barreau, jouer un rôle de premier plan grâce au programme d'amélioration des conditions des détenus et des droits de l'homme (Pacdet) qui est un programme de l'Union européenne en concertation avec le gouvernement camerounais. Il s’agit d’apporter une assistance des détenus dans les prisons principales du Cameroun. C'est un programme qui comporte plusieurs volets. Il y a eu le premier volet baptisé Pacdet I, qui concernait les prisons de Douala et de Yaoundé. On est donc passé à la phase 2 baptisée Pacdet II, qui va durer 4 à 5 ans et qui est plus lourd et plus élargi. Il va à la fois s'intéresser aux conditions de détention, de nutrition, à la formation juridique et judiciaire des acteurs et aux questions sanitaires, et naturellement à la question de la défense des détenus, domaine qui concerne le Barreau du Cameroun.Détenus nécessiteux et sans assistance.Le Pacdet II met en place un budget de près de 600 millions dont le but est de financer l'intervention des avocats pour la défense des prisonniers recensés par le projet Pacdet II comme étant des détenus nécessiteux et sans assistance. Sur l'ensemble des 10 prisons centrales du Cameroun, on a recensé 3000 détenus qui vont bénéficier d'une assistance juridique et judiciaire gratuite.Il faut maintenant espérer q’en amont de toute intervention judiciaire, tout soit mis en œuvre pour barrer la voie à la répression policière comme celle qui a été décriée durant les émeutes de fin février. Parmi ceux qui ont eu la vie sauve après avoir fait l’objet de violences diverses, nous avons retrouvé la trace de Mohbeu Evarist, un jeune homme de 37 ans, commerçant de son état, résidant à Bonaberi, sur la rive droite du Wouri, à Douala. Son histoire relève tout simplement d'une grave méprise qui a conduit à une répression aveugle. Sorti le 26 février pour prendre des dispositions afin de sécuriser son magasin face aux émeutes consécutives à la grève des transporteurs, Mohbeu Evarist a été pris dans un tourbillon de violence, embarqué de force dans un car de police, conduit au poste, tabassé et laissé pour mort dans une cellule surpeuplée. Transporté au petit matin à l’hôpital public, il est abandonné enchaîné sur un matelas, ensanglanté, sans aucun soin. En outre, il a été dépouillé de son portefeuille contenant une importante somme d’argent et de son téléphone portable. C’est de la formation hospitalière que Mohbeu Evarist, présenté comme un militant de l’aile radicale du SDF, le principal parti d’opposition accusé par le pouvoir d’avoir organisé les émeutes contre la vie chère. Combien sont-ils dans cet état, qui n’ont pas été pris en compte dans l’évaluation des personnes détenues et condamnées sans assistance judiciaire ? Il faudrait que le programme Pacdet II apporte un plus au principe du respect de la présomption d'innocence, au principe d'équité dans l'accès à la justice, au principe du droit d'avoir un procès équitable, conformément aux conventions internationales et permet aux détenus d'avoir une défense efficace. Pour l’heure, ses initiateurs soutiennent que c'est également un apport dans la question de la défense des droits humains, dans la mesure où on tient compte des problèmes de santé, de nutrition, d'environnement, de formation et d'information, de protection de l'intégrité des détenus. |