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Hinda Déby Itno à « Presse de la Nation » : « Nous disons depuis qu’un génocide a lieu au Darfour »
Sep 05,2008 00:00
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Erone Omusoh, envoyé spécial
La Première dame du Tchad, Hinda Déby Itno, vient de publier en français aux Editions Continentales à Paris, une autobiographie d’importance notoire : « La main sur le coeur », dans laquelle elle évoque plusieurs angles de la vie intime de son couple. Traduite en anglais et en arabe, cette autobiographie s’attarde également sur la tragédie de la guerre qui oppose le Tchad au Soudan. Avec opiniâtreté et un sens élevé de la mesure, Hinda Déby Itno brosse les contours de cette guerre qui a, de son avis, « des odeurs de génocide ». La dédicace officielle de cette autobiographie alléchante a eu lieu le 27 juillet dernier à N’Djaména. En marge de cette kermesse de l’esprit, Mme Hinda Déby Itno s’est prêtée de bon aloi aux questions de notre envoyé spécial. Entretien. PRESSE DE LA NATION -Ainsi donc, vous venez de réaliser un « rêve d'enfance », suivant votre propre terme ! Hinda Déby Itno: C'est vrai que très tôt, j'ai ressenti le besoin d'écrire. Il faut dire que l'écriture compte parmi ce qui a définitivement démarqué l'homme des autres êtres vivants. Communiquer avec des symboles inscrits dans la pierre ou le bois, n'est-ce pas magnifique ? PDN - Vous vouliez écrire, mais vous ne pensiez pas nécessairement à une autobiographie ?HDI - Vous avez raison. J'avais tout simplement envie de déposer quelque part ce que j'avais en moi. Si je n'étais pas devenue Première dame, peut-être aurais je écrit des romans, des nouvelles et peut-être même de la poésie. Ma fonction, avec ce qu'elle représente de cadence très accélérée de la vie, m'a naturellement portée vers la rédaction d'une autobiographie. PDN - Que dites-vous à ceux qui pensent que vous êtes très jeune, que l'oeuvre est donc précoce et que vous devriez attendre d'avoir plus d'expérience dans la vie avant d'écrire ?HDI - Je ne leur dirai pas que la valeur n'attend point le nombre d'années, car ils concluraient que je suis une prétentieuse. Il n'existe pas d'âge pour écrire. Le journal intime d'une jeune fille de 14 ans peut nous apprendre beaucoup et même nous permettre d'éviter certains drames. Vous savez, il y a des solitudes qu'on ne partage qu'avec un crayon à bille et une feuille blanche. PDN - Revenons à votre livre. Vous faites la part un peu trop belle au président Idriss Déby Itno. A vous lire, c'est un homme presque parfait !HDI - (Sourire). Vous vouliez que je dise que c'est un monstre ? Je ne serais plus en vie s'il l'était, puisqu'il m'aurait déjà dévorée ! C'est de mon mari que je parle. Je suis bien placée pour parler de lui. Il est tel que je le décris dans mon livre. Je ne crois d'ailleurs pas avoir tout dit. Vous savez, un homme politique prend de graves décisions qui engagent toute une nation. Il connaît de grandes solitudes, mais aussi de grandes angoisses qui résultent de ses préoccupations à bien faire et à mieux faire, et surtout à se r e n d r e compte, a posteriori, qu'il a pris les décisions qui s'imposaient. Son parcours est souvent parsemé de trahisons et de profondes déceptions. Ce que je trouve fascinant au-delà de tout cela, du moins en ce qui concerne mon époux, c'est qu'il garde un humanisme qui fait que pour l'intérêt supérieur de notre pays, il est toujours prêt à des concessions. Il a même accepté de se réconcilier avec ceux qui ont déclaré haut et fort vouloir sa mort. PDN - Vous dites que vous prenez vous-même soin, chaque matin, d'apprêter la chemise qu'il portera jusqu'à ses chaussettes. Les défenseurs des droits de la femme risquent de ne pas apprécier.HDI - Je le fais par amour. L'émancipation de la femme ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'occuper de son homme. J'ai écrit ces petits détails afin que nos jeunes soeurs comprennent qu'il y a de petites attentions, comme celles-là par exemple, qui peuvent renforcer la connivence dans le couple. PDN - Un militaire est-il sensible à ces attentions ?HDI - Il est d'autant plus sensible que son métier lui impose des scènes souvent insupportables. Et dans un pays plusieurs fois agressé comme le nôtre, il faut avoir été dans des camps de réfugiés ou sur un champ de bataille pour comprendre que le militaire a besoin de beaucoup d'attention et d'affection de la part de sa compagne. Dans le cas de mon époux, il n'est pas simplement militaire. C'est surtout un homme d'Etat. Il est à la tête d'un pays. L'atmosphère de convivialité qu'il retrouve à la maison est un gage d'équilibre qui assure son réarmement moral chaque matin. Et il me le rend très bien. PDN - Il vous sert par exemple le thé au lit ?HDI - Je vous ai dit qu'il me le rendait très bien. C'est un mari très attentionné. PDN - La rumeur dit que dès qu'il y a danger, le président prend soin de vous mettre à l'abri. Où étiez-vous les 1er et 2 février derniers lorsque les rebelles ont failli s'emparer de la capitale ?HDI - Je trouve surprenant qu'on ne veuille pas que mon mari se préoccupe de sa famille. C'est un être humain comme tout autre être humain. Ceux qui s'en offusquent auraient-ils préféré qu'il m'abandonne quelque part ? Mais qu'ils se rassurent, j'ai toujours été avec lui, en toutes circonstances. Je crois d'ailleurs que c'est dans ces moments difficiles qu'il a besoin de moi auprès de lui et que moi aussi, je ressens le plus grand besoin d'être à ses côtés. PDN - Parlons de votre voisin soudanais que vous mettez clairement en cause dans toutes les attaques rebelles depuis l'est du pays. Vous préférez d'ailleurs parler de « mercenaires », terme qu'affectionnent les communiqués de presse du gouvernement tchadien. Le tribunal pénal international s'intéresse à Omar el Béchir, le président soudanais. Vous devez vous réjouir !HDI - En tant que croyante, les difficultés d'un homme ne me réjouissent pas. Mais je n'ai jamais compris pourquoi un Etat peut s'employer à éliminer une partie de sa population. C'est cela qu'on appelle le génocide. Il y a longtemps que nous disons qu'un génocide a lieu au Darfour. En second lieu, qu'est-ce qui peut justifier le fait qu'un Etat arme des gens pour aller déstabiliser son voisin qui ne cherche qu'à vivre en paix ? Voilà les deux problèmes tels qu'ils se posent. S'il y a lieu de se réjouir, ce n'est pas tant que quelqu'un aura à répondre de ses actes devant la justice internationale, mais plutôt parce que les populations du Darfour pourront enfin connaître la paix et le droit légitime à une existence normale. Omar El Béchir n'oeuvre pas seul. Les « mercenaires » à sa solde devront aussi répondre des crimes contre l'humanité dont ils se sont rendus coupables au Darfour et dans l'est de mon pays. PDN - Les feux de l'actualité se sont braqués sur le Tchad suite à l'affaire dite de l' « l'Arche de Zoé », du nom de cette association qui a essayé d'exfiltrer des enfants tchadiens vers l'Europe…HDI - C'est vrai que j'en parle également dans mon livre. Cette affaire a en effet fait grand bruit. Je pense qu'elle a été gérée avec beaucoup de sagesse. Le président n'a pas voulu que des actes posés par des organisations privées entachent l'excellence des relations qui lient le Tchad à la France. L'opinion internationale a reconnu la très grande clairvoyance du président. PDN - On vous a vue à cette occasion en compagnie de Carla Bruni Sarkozy, l'épouse atypique du président français. Que pensez- vous d'elle ?HDI - J'ai de l'admiration pour madame Sarkozy. Voilà une jeune femme pleine de talents artistiques qui rencontre un président. Ils tombent amoureux l'un de l'autre et se marient. Tout en assumant ses fonctions de Première dame de France, elle n'abandonne pas pour autant la carrière artistique qui la passionne tant. Les français sont d'accord, si on en croit les derniers sondages. PDN - Quand on parcourt « La Main sur le coeur », on se rend compte que les tchadiens vous connaissent si peu. La biographie qui circule dans les rues de N'Djaména diffère quelque peu de celle que l'on trouve dans le livre. Comment expliquez-vous ce décalage ?HDI - C'est vous le journaliste. Vous pourriez mieux me l'expliquer. Je ne me suis pas mariée ailleurs que devant le maire de N'Djaména. Et depuis, je vis avec mon époux au Palais de la présidence, puisqu'il est le président de la République du Tchad. Que voulez-vous que je vous dise d'autre ? Il y a des gens qui se demandent encore aujourd'hui si nous sommes réellement mariés ! Pourtant, nous fêterons bientôt nos trois ans de mariage. PDN - Peut-être ne communiquez- vous pas suffisamment !HDI - C'est possible, mais je ne vais pas passer à la télé tous les jours pour me présenter à les compatriotes quand même ! Pour parler plus sérieusement, je crois qu'il y a des gens de mauvaise foi - il y en aura toujours, qui parlent des choses qu'ils ignorent ou feignent d'ignorer. Ils cherchent à nuire pour des raisons qu'ils sont seuls à connaître. J'ai suffisamment à faire pour leur accorder quelque importance que ce soit. PDN - J'aurais dû vous poser cette question au début de notre entretien. Elle pourra peut-être le conclure. Pourquoi ce livre, et pourquoi maintenant ?HDI - Votre question est fondamentale. A elle seule, elle justifie cet entretien. Les tchadiens doivent avancer en rangs serrés et non dispersés, aujourd'hui plus que par le passé. Ils doivent enterrer les petites querelles intestines liées beaucoup plus à des ambitions personnelles. Les défis sont ailleurs. Les chantiers sont nombreux dans ce pays. Grâce au pétrole, l'Etat dispose davantage de coudées franches pour engager son ambitieux programme de développement. Pour cela, nous avons besoin de toutes les forces vives. « La Main sur le Coeur » est un appel au patriotisme national. Par ailleurs, pendant longtemps, il nous a semblé que la communauté internationale restait sourde à nos appels. Ce livre est aussi une lettre à l'Afrique et au reste du monde. Il s'est passé des choses graves à l'est de mon pays. Le monde doit le savoir et agir en conséquence. E.O. |